Résumé de la Conférence ASPO9
07 juillet 2011
La conférence internationale ASPO9 fut l’occasion pour les hommes politiques, les scientifiques et les industriels de se pencher sur le sujet du déclin de la production pétrolière mondiale, probablement le problème le plus important auquel le monde moderne doit faire face.
Pour voir et entendre ce qui s'est dit lors de la conférence, vous trouverez la plupart des pdf et vidéos des présentations sur le site www.aspo9.be. Des montages vidéos supplémentaires de la session du Parlement wallon sont également disponibles en suivant les liens indiqués dans le programme ci-dessous en fin de page.
La
session au Parlement wallon donna une bonne illustration de la nature
du pic pétrolier, lorsqu’un ingénieur (Susan Krumdieck), un économiste
(Thierry Bréchet - qui a donné le seul exposé en français) et un géographe (Gavin Bridge), c.-à-d. trois
orateurs ayant une vision différente du monde, se succédèrent à la
tribune. Ils donnèrent chacun leur opinion sur la réalité du pic du
pétrole, et ces opinions allaient du doute marqué à la conviction sans
faille. Ces apparentes contradictions ont certainement perturbé plus
d’un participant. Pourtant, chaque orateur, de par sa formation, ne
faisait qu’insister sur une facette différente de la réalité, et ce
n’est qu’en regroupant ces différentes facettes qu’il fut possible
d’obtenir une vision globale du problème. La notion de pic pétrolier
est en effet très souvent considérée de manière restrictive, c.-à-d.
qu’on y voit à l’œuvre uniquement des contraintes physiques à la
production, et que les contraintes d’autres natures (économiques,
politiques,...) sont considérées comme étrangères au problème. Or, ce
qui importe réellement, ce sont les effets additifs de ces contraintes
sur la production pétrolière.
Se
rendre compte que différents niveaux de contraintes sont incorporés
dans les modèles de production pétrolière permettrait aussi d’atténuer
fortement la cacophonie qui entoure ces modèles, surtout ceux à long
terme: courbe croissante (IEA), plateau (TOTAL), ou pic et déclin
(ASPO) ? Quel modèle est correct ? Susan Krumdieck a donné la réponse
la plus lumineuse qui soit à cette question: « chaque modèle est
correct selon ses propres suppositions ». Peut-être faut-il avoir fait
de la modélisation dans sa vie pour se rendre compte de l’importance
de cette phrase : certaines courbes ne sont plus tout à fait
incompatibles entre elles. Ainsi, la courbe croissante de l’IEA ne
repose pas sur une projection de l’offre future en pétrole, mais bien
sur une projection de la demande. Ce n’est que dans un deuxième temps
que l’IEA estime l’ampleur des développements qu’il faut réaliser pour
que la demande soit satisfaite: mettre en production 6 Arabie Saoudite
en 20 ans. Selon TOTAL, si on y ajoute des contraintes techniques, la
courbe de l’IEA se transforme en long plateau. Et si on ajoute des
contraintes économiques et géopolitiques à ce plateau, il se met à
onduler, et va aussi probablement se raccourcir. On retombe alors sur
certains scénarios de l’ASPO.
A la
conférence,
Pierre Mauriaud représentait TOTAL, et a donné un point de vue
officiel rarement soutenu par les compagnies pétrolières. Il a déclaré
ouvertement la réalité du pic pétrolier, affirmé que les chiffres
officiels des réserves sont non fiables, et prédit des changements
drastiques dans la façon de vivre en Occident. Dans le scénario de
TOTAL, d’ici 2030, la production de pétrole conventionnel (y compris
en mer) sera en baisse sur tous les continents, sauf au Moyen-Orient.
Un plateau de production est envisageable à condition qu’on développe
massivement les pétroles lourds (production x4 environ) et la
production du Moyen-Orient (x2 environ). Rappelons que l’Irak est l’un
des derniers pays de la région où les contraintes physiques permettent
d’encore augmenter fortement la production, mais que les progrès sont
peu significatifs à cause de problèmes politiques récurrents, et ce,
alors que la deuxième guerre du golfe sensée améliorer les conditions
de production eut lieu il y a 7 ans. Les problèmes politiques récents
du Moyen-Orient dus au printemps arabe vont probablement perdurer, et
rendent peu probable la réalisation du scénario lisse de TOTAL. Il
s’agit d’un scénario technique, et Mauriaud s’attend d’ailleurs à ce
que des contraintes de nature politique fassent onduler ce plateau.
Le
scénario de TOTAL est un scénario à long terme mais, à proximité du
pic pétrolier, un scénario à court terme fournit davantage
d’informations, car il tient compte de ce qui se passe réellement sur
le terrain. Davantage de contraintes sont prises en compte, et sont
pondérées de façon similaires par les différents modélisateurs (ASPO,
IEA, EIA), ce qui explique une relativement bonne concordance entre
les différents modèles. Un scénario à court terme consiste à évaluer
si les projets en développement permettent de compenser le déclin des
vieux gisements. La visibilité prédictive est de 6-7 ans. Selon ces
modèles, il y a poursuite du plateau de production commencé en 2004.
Mais selon
Chris Skrebowski, sans compter les effets des révolutions
arabes, il nous reste 18 mois à 2 ans avant de voir disparaître
l’excédent de capacités de production (oil crunch). Les révolutions
arabes compliquent l’analyse, mais raccourcissent vraisemblablement
les délais. Notons que le 23 juin, l’IEA décida de puiser dans ses
stocks stratégiques en prévision d’une offre insuffisante en pétrole
qui risque d’entraîner une rechute de l’économie.
L’économiste
Jeff Rubin, signalant que les récessions majeures des 40
dernières années furent en partie dues au pétrole, affirma que le
catalyseur de la crise financière de 2008 fut le pétrole cher. Un
pétrole cher grippe l’économie en restreignant les dépenses
non-énergétiques des consommateurs (en 2008 notamment via le
non-remboursement des emprunts hypothécaires), mais surtout en
générant de l’inflation qui provoque un relèvement des taux d’intérêt.
La crise de 2008 résulterait donc d’un classique choc des taux
d’intérêts du à l’inflation énergétique. Le mauvais diagnostic de la
crise de 2008 aurait conduit à un traitement inapproprié du problème.
Les stimuli budgétaires et monétaires employés pour relancer
l’économie ne peuvent se substituer au pétrole bon marché. Ils ne font
que relancer notre appétit pour le pétrole et donc préparer la
prochaine crise, que Jeff Rubin estime arriver dans les 12 prochains
mois au vu des prix du pétrole actuels, et des relèvements de
l’inflation et des taux d’intérêts observés dans certains pays. Cette
crise-là sera cependant plus difficile à gérer vu l’endettement
accumulé par les gouvernements pour se sortir de la crise précédente.
Selon Jeff Rubin, il faudrait changer la façon d’approcher l’économie,
car la production pétrolière ne croissant plus, l’économie ne peut
plus croître non plus, or c’est sur la croissance que les
gouvernements misent pour se sortir des problèmes actuels. Dans un
monde où la production pétrolière et la croissance économique sont
limitées, on devrait assister au mécanisme économique appelé jeu à
somme nulle : l’augmentation de la consommation de pétrole de certains
pays (Chine par exemple) s’accompagnera d’une baisse de la
consommation d’autres pays (OCDE par exemple) ; de même pour la
croissance économique.
Erik Townsend
donna un point de vue d’investisseur. Son analyse des marchés à terme
du pétrole lui indique qu’actuellement les marchés financiers ignorent
le pic pétrolier. Or, le pic pétrolier et sa signification pour
l’économie constituent un changement de paradigme difficilement
imaginable. La perception de ce changement risque de se faire par
étapes et par à-coups, pouvant causer des réactions de panique aux
effets non-linéaires. Certains événements de la crise des années 1970s
s’expliquent ainsi davantage par la perception d’une rareté qu’à la
rareté elle-même. Erik Townsend s’attend à des prix du pétrole
volatils, qui gripperont l’économie lors des flambées. Il signale que
pendant les 150 dernières années, la croissance économique fut la
norme, car elle était soutenue et permise par une croissance de la
production pétrolière. Mais après le pic pétrolier, il se pourrait que
ce soit la récession qui devienne la norme pour un temps, vu que la
production pétrolière déclinera continuellement. La solution, quant à
elle, nécessitera minimum 10 ans pour être mise en œuvre.
Paul Stevens de Chatham House, aborda le problème du déclin des exportations pétrolières du point de vue des pays exportateurs de pétrole. Il part du constat que ces pays présentent un déficit fiscal et un déficit de la balance des paiements courants pour la part de l’économie non liée aux hydrocarbures, ce qui entraîne une dépendance de l’économie aux hydrocarbures. Ces pays disposent d’une fenêtre de temps pour réduire cette dépendance, et cette fenêtre est définie en tenant compte de la croissance de la consommation pétrolière intérieure et du profil de production en trois phases : croissance, plateau, et déclin. Ces pays doivent impérativement effectuer la transition lors de la phase de plateau, car la phase de déclin est difficilement gérable dans la mesure où les exportations baissent plus rapidement que la production à cause de la consommation intérieure. L’Arabie Saoudite pourrait perdre son surplus fiscal avant 2030 et devenir importatrice de pétrole vers 2037. Le déclin des exportations commence bien avant, en 2020 si l’Arabie Saoudite est capable d’augmenter sa production de 25% par rapport à 2010, encore plus tôt si ce n’est pas le cas (A ce titre, notons que les exportations saoudiennes présentent déjà une tendance baissière depuis 2005 – voir graphe ci-dessous; il est cependant trop tôt pour en tirer des conclusions définitives).
Evolution de la production, de la
consommation intérieure et des exportations apparentes (production
moins consommation) d'hydrocarbures liquides de l’Arabie Saoudite.
Données EIA.

Ces chiffres ne doivent pas être pris au pied de la lettre, mais ils
signalent l’existence d’un problème majeur à brève échéance pour la
stabilité politique des pays exportateurs de pétrole, et pour
l’approvisionnement en pétrole de l’Occident. On est bien loin des « 40
ans » d’approvisionnement tranquille en pétrole. L’Arabie Saoudite pourrait retarder
les échéances si elle se tournait vers des substituts comme le gaz naturel
ou si elle améliorait l’intensité énergétique de son économie. Selon Paul
Stevens, cette dernière hypothèse est cependant peu vraisemblable car les
prix bas énergétiques font partie du « contrat social », qui jusqu’à présent
a permis à l’Arabie Saoudite, le Koweit, le Qatar et les Emirats arabes unis
d’être relativement épargnés par les révolutions.
Programme du Parlement wallon
| 09:30 - 09:45 |
Accueil |
|
| 09:45 - 10:00 |
Introduction |
|
|
Quel rôle pour la R&D dans l'atténuation des effets du pic pétrolier? |
||
| 10:00 - 10:30 |
How to valorise research on the effects of peak oil for urban planning? |
|
| 10:30 - 11:00 |
Une analyse des effets du pic pétrolier pour le territoire wallon |
|
| 11:00 - 11:30 |
Q&R - discussion (video)
|
|
| 10:30 - 11:45 | Pause café | |
| 11:45 - 12:15 |
Debating Scarcity: critical social science meets peak oil |
|
| 12:15 - 12:45 |
Q&R - discussion (video) |
|
| 12:45 - 14:15 | Lunch | |
|
Pic pétrolier et Finance |
||
| 14:15 - 14:45 |
Is Growth Sustainable with Triple Digit Oil Prices? |
|
| 14:45 - 15:00 |
Q&R - discussion ![]() |
|
| 15:00 - 15:30 |
Potential Impacts of Peak Oil on Financial Markets |
|
| 15:30 - 15:45 |
Q&R - discussion - Conclusions |
|
