Revue du Pic pétrolier n°2
10 juin 2008
1. Le Pic pétrolier au Parlement wallon
Sous l’impulsion du député CDH Michel Lebrun, la Commission de l’Aménagement du territoire, des Transports, de l’Energie et du Logement du Parlement wallon, poursuit ses auditions concernant les pics du pétrole et du gaz.
- 25 janvier 2008, Brocorens, ASPO Belgique
- 06 mars 2008, van de Werve, Fédération Pétrolière Belge; Vermeire, Distrigaz ; de Hemptinne, Association Royale des Gaziers de Belgique
- 09 mai 2008, Priggen, député allemand du Landtag Nordrhein-Westfalen
- 15 mai 2008, Furfari, DG TREN; Dufresne, BNB
Le 13 mai 2008, sous l’impulsion du conseiller communal Ecolo Yves Delforge, le Conseil Communal de Pont-à-Celles aborde la problématique du Pic de Pétrole. 3. Le Pic du pétrole, un tournant pour l’humanité. Sommes-nous prêts ? Article paru dans Chimie Nouvelle, revue de la Société Royale de Chimie :
4. Les brèves
L'Agence Internationale de l’Energie (AIE) revoit fortement à la baisse ses prévisions concernant la production pétrolière future. Ce changement d’attitude reflète un pessimisme grandissant concernant la capacité des compagnies pétrolières à faire face à une demande croissante. Jusqu’il y a peu l’AIE estimait que l’offre suivrait la demande, pour atteindre 116 Mb/j en 2030. A présent, les prévisions ont été ramenées à 100 Mb/j. L'Agence internationale de l'énergie a également décidé de mener une étude approfondie des 400 principaux gisements de la planète, ce qui marque un changement considérable de méthodologie. Jusqu’à présent, l’AIE se focalisait sur l’estimation de la demande et supposait ensuite que l’offre était capable de suivre cette demande. L’AIE en effet regardait quelle proportion de la demande pouvait être assurée par les pays non-OPEP, et la demande non satisfaite était ensuite supposée être satisfaite par l’OPEP. A présent, la méthodologie adoptée se focalise sur la capacité physique de production des gisements. (22/05) Cette révision des prévisions pour 2030 est sans aucun doute la première d’une série de révisions à la baisse qui vont être effectuées au cours des prochaines années afin de générer un scénario plus réaliste. C’est en effet ce qui a pu être observé par le passé à l’échelle de pays, lors du franchissement de leur pic de production. Les prévisions étaient "en retard" par rapport à la réalité. Le pessimisme croissant de l’AIE concernant la disponibilité en pétrole s’est manifesté récemment par l’appel de l’AIE à une "révolution technologique" immédiate pour diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, le monde devant y consacrer sans délai 1% de son revenu chaque année, soit 45.000 milliards de dollars d’ici 2050. Si aucune mesure immédiate n'est prise, les émissions de CO2 bondiront de 130% d'ici le milieu du siècle, tandis que la demande de pétrole augmentera de 70%. Selon l’AIE, cet objectif nécessiterait des actions politiques immédiates et une transition technologique d'une ampleur sans précédent qui transformerait complètement la façon dont nous produisons et utilisons l'énergie. Un total de 32 centrales nucléaires et 17.500 éoliennes devraient en outre être bâties chaque année. (06/06) C’est probablement davantage le problème de la disponibilité en pétrole que le réchauffement climatique qui rend l’AIE si soudainement inquiète, mais le pic du pétrole n’est pas encore un sujet politiquement correct alors que celui du réchauffement climatique l’est.
Au Mexique, la production de pétrole brut d’avril a décliné de 13% par rapport à avril 2007. Les exportations, quant à elles, ont décliné de 14%. Le déclin rapide des exportations conduira rapidement le pays à devenir importateur de pétrole (vers 2014), ce qui poussera les Etats-Unis à trouver d’autres sources d’approvisionnement ; jusqu’à présent, les Etats-Unis tirent 14% de leurs importations du Mexique (24/05).
Différentes sources indiquent que la Russie pourrait avoir atteint son pic de production. La production de pétrole brut et condensats a baissé de 0.8% entre les mois de mai 2007 et 2008 (02/06). La plupart des compagnies russes, excepté Rosneft, ont a présent des problèmes de production. Lukoil a vu sa production baisser de 3,3% au premier trimestre, la baisse ayant lieu en Russie (-0,8%) et à l’étranger (-10%). L’année passée, la production de Gazprom Neft a baissé de 0,3%, celle de TNK-BP de 4,1%, et celle de Surgutneftegaz de 1,6% (05/06).
Le roi d’Arabie Saoudite a ordonné que certaines découvertes pétrolières ne soient pas mises en exploitation afin de réserver du pétrole pour les générations futures (13/04). Dans le même temps, les membres de la Shura (parlement) vont tenir une série de réunions pour discuter de l’opportunité de baisser la production pétrolière saoudienne afin de maintenir des réserves suffisantes, ce qui est vu comme un bon investissement vu les prix élevés attendus dans le futur (04/06). Ces récentes annonces signalent probablement qu’il ne faut plus trop compter sur une hausse de la production saoudienne, qui représente 12% de la production mondiale. Avec le déclin de la Russie, qui représente aussi 12% de la production mondiale, la probabilité que le pic mondial ait été atteint est à présent très grande.
L’Indonésie a décidé de sortir de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), le pays étant devenu importateur net de pétrole en 2004 pour cause de production pétrolière en déclin depuis de nombreuses années et de demande soutenue (28/05).
Des récents chiffres de l’EIA indiquent que les exportations mondiales de pétrole ont décliné de 2,2% en 2007, poursuivant la baisse de 1,1% observée en 2006 (04/06). Le déclin des quantités de pétrole exportable se traduit par un assèchement du marché pétrolier, et ce manque de pétrole sur les marchés internationaux est probablement la raison principale de la flambée des cours du pétrole. Cette flambée va sans doute se poursuivre car l'Asie doit importer de plus en plus vu sa croissance économique, et l'Europe et l'Amérique doivent importer de plus en plus vu leur production en déclin (des prix élevés vont tout de même freiner les importations par leur impact sur la consommation, et c'est ce qu'on observe dans l'OCDE, qui a réduit ses importations de 2,1% et sa consommation de 0,75% en 2007, mais ça n'a pas fait baissé les prix du pétrole car le pétrole disponible sur les marché est en diminution). D'un autre côté, les prix élevés du pétrole stimulent l'économie, et donc la consommation de pétrole, dans les pays exportateurs de pétrole. Comme beaucoup de ces pays ont une production stagnante ou en déclin, leurs exportations diminuent. Même une croissance de la production n'est pas toujours suffisante. Ainsi l'Iran a bien augmenté sa production de 10% entre 2000 et 2006, mais comme sa consommation intérieure a fortement augmenté, ses exportations de pétrole ont diminué de 2%. Dans le même temps, le nombre de pays importateurs s'accroît, avec le basculement de pays antérieurement exportateurs dans le clan des importateurs : l'Indonésie en 2004, la Grande-Bretagne en 2006, l'Egypte en 2007.
Récemment, de nombreux gouvernements asiatiques (Inde, Indonésie, Malaisie, Sri Lanka, Taiwan, Thaïlande) se sont décidés à augmenter fortement les prix des carburants, ne pouvant plus supporter les coûts engendrés par leur politique de subsides. La hausse quasi simultanée des prix dans des pays représentant plus d’un milliard d’habitants aura probablement des conséquences au niveau de la demande (et donc potentiellement exercer une pression à la baisse sur le prix du baril), tout en générant des protestations à travers tout ces pays, où des millions de personnes souffrent déjà des hausses des prix de la nourriture (05/06).
En mai, les ventes de véhicules ont chuté de 8.4% d’un an à l’autre aux Etats-Unis. General Motors a vu ses ventes baisser de 27%, a annoncé la fermeture de quatre usines, et se recentre sur la fabrication de plus petits véhicules, de véhicules hybrides, et de moteurs moins gourmands en énergie. Chrysler a vu ses ventes baisser de 25% (04/06).
Les compagnies aériennes réduisent leurs vols. Les aéroports de Pittsburgh et de Cincinnati sont parmi les 120 aéroports américains où les compagnies aériennes ont réduit d’au moins 10% leur capacité en sièges dans le courant de l’année passée. D’autres réductions sont attendues pour faire face à la hausse du prix du kérosène (29/05). United Airlines, la deuxième plus grosse compagnie aérienne américaine, met à la retraite un cinquième de sa flotte (05/06). Dans le même temps, de nombreuses compagnies augmentent le prix des billets, avec des hausses de 100 à 300% prévues pour de nombreuses destinations de juillet par rapport à l’an passé (05/06). L’International Air Transport Association a averti que ses membres perdront collectivement 6,1 milliards de dollar si le pétrole devait rester à plus de 135$ le baril pour le reste de l’année. Pendant les six derniers mois, 24 compagnies aériennes ont fait faillite et d’autres faillites sont attendues.