La Birmanie, victime du Pic pétrolier.

10 octobre 2007

La production de liquides pétroliers (nommée ici tous liquides) n’augmente plus depuis 2004 ; parmi ces liquides (qui peuvent être divisés en différentes catégories telles que pétrole brut, condensats, liquides de gaz naturel, etc.), la catégorie pétrole brut + condensats est même en diminution depuis 2005; les symboles rouges marquent les records de production atteints jusqu’à présent. Selon nous, 2004 marque le début du plateau de production, qui se poursuivra, dans un scénario optimiste, au moins jusqu’en 2012 (voir résumé de la conférence ASPO6).



Alors que la production de liquides pétroliers plafonne, la demande augmente dans de nombreux pays tels que la Chine, l’Inde, le Brésil, ainsi que dans les pays producteurs de pétrole eux-mêmes. Augmenter la consommation dans tous ces pays alors que la production mondiale stagne n’est possible que si la consommation diminue ailleurs. La destruction de la demande se fait via une augmentation du prix du baril sur les marchés internationaux, c.-à-d. via un « rationnement par les prix ». Ce sont les pays les plus pauvres de la planète qui sont affectés en premier, la dernière victime en date étant la Birmanie. La majorité du diesel consommé dans le pays doit être importé, et les prix élevés conduisirent la junte militaire à reconsidérer en août dernier sa politique de subsides. Du jour au lendemain, les prix du diesel doublèrent, et les prix du gaz naturel comprimé furent multipliés par cinq, conduisant aux tragiques événements de ces dernières semaines. La Birmanie est loin d’être un cas isolé, car de nombreux gouvernements doivent choisir entre augmenter les subsides pour réduire la note du consommateur, ou laisser le consommateur subir les hausses de prix sur les marchés internationaux.

En juin 2007, de violentes émeutes éclatèrent en Iran à la suite d’une décision gouvernementale de rationner la population. L’Iran, bien que riche en pétrole, doit importer de l’essence au prix du marché international par manque de capacités de raffinage. Cette essence est ensuite revendue au consommateur à prix réduit (à l’époque l’équivalent de 0,06 €) grâce à la politique de subsides menée par le gouvernement. Cette situation n’était évidemment pas bonne pour les finances de l’Etat.

Des troubles similaires eurent lieu en Indonésie en octobre 2005 après que le gouvernement augmenta de plus du double le prix des carburants. Le kérosène, combustible utilisé pour cuisiner, passa du jour au lendemain de 0,06 à 0,17 €/l. Lors des années d’or du pétrole abondant, l’Indonésie exportait de grandes quantités de pétrole et réservait une partie de sa production pour son propre usage, faisant profiter sa population de prix avantageux. Mais la production de pétrole indonésienne est en déclin depuis longtemps, et depuis 2004, le pays est devenu importateur net de pétrole. Les recettes pétrolières se transformèrent donc rapidement en gouffre financier, les subsides aux carburants comptant en 2005 pour un tiers des dépenses du gouvernement central, c.-à-d. plus que le budget de la santé ou de l’éducation. Le gouvernement attendit d’être au bord du gouffre avant de modifier cette politique de subsides, ayant en mémoire que l’éviction du dictateur Suharto en 1998 fut accélérée par une hausse des prix des carburants.

Le point commun de ces trois pays, l’Indonésie, l’Iran, et la Birmanie, est que ce sont trois producteurs de pétrole et de gaz qui ont été secoués par des émeutes lorsque le gouvernement décida de relever les prix de l’énergie. Tout cela n’est pas de bon augure concernant le futur. D’une part, sans un relèvement des prix du carburant dans les pays exportateurs de pétrole qui freinerait la hausse de leur consommation, c’est à un déclin rapide des exportations mondiales auquel nous allons assister, étant donné que nombre de ces pays ne peuvent plus (ou ne veulent pas) augmenter leur production, ou sont en déclin. Mais d’un autre côté, relever les prix conduit à la déstabilisation des pays producteurs, ce qui accentue d’autant les risques géopolitiques d’interruption des approvisionnements. Quelle que soit la situation, les problèmes augmentent donc pour les pays consommateurs.