Revue du Pic pétrolier n°1

01 novembre 2007

1. Comité du Pic du Pétrole et du Gaz Naturel du Connecticut

Aux Etats-Unis, le député Terry Backer et le sénateur Bob Duff, co-fondateurs du Comité du Pic du Pétrole et du Gaz Naturel du Connecticut annoncent l’organisation d’un forum d’information. Selon eux, il y a eu des signaux évidents que la production mondiale de pétrole a déjà ou va bientôt atteindre son pic. L’impact sur l’économie de l’Etat et sa population pourrait être dramatique, suffisamment en tout cas pour que des informations supplémentaires soient nécessaires afin que les dirigeants de l’état du Connecticut puissent s’y préparer de manière appropriée. Selon le républicain Backer, sans préparation et mise en œuvre adéquates, tous les aspects de notre vie et l’environnement pourraient être affectés négativement, y compris les émissions de CO2, la qualité de l’eau, les transports. Le Comité du Pic du Pétrole écoutera plusieurs intervenants ayant une expertise dans le domaine du Pic du Pétrole et ses impacts, afin d’en savoir plus sur le problème et les réponses intelligentes à déployer pour faire face à une disponibilité en pétrole réduite et beaucoup plus onéreuse.

2. Interview avec l’ancien Secrétaire à l’Energie américain Dr. James Schlesinger

James Schlesinger: Si vous parlez aux personnes dans l’industrie, elles reconnaîtront que « quelle que soit ce que dit publiquement mon entreprise, nous comprenons que nous faisons face à un déclin de notre propre production et qu’au niveau mondial, nous ne serons pas capables de produire plus de carburants liquides ou de pétrole brut dans le futur proche. »….

Interviewer: Mais ce n’est pas ce qu’on entend publiquement. De la part des responsables des compagnies pétrolières, des gouvernements, des environnementalistes ? Tous semblent nier ou ignorer ce problème, n’est-ce pas ?

JS: Bien, le mot « nier » est un peu fort. « Ignorer » est probablement correct. Personne ne veut être le porteur de mauvaises nouvelles. Le rôle de Cassandre n’a jamais été approprié pour un homme politique. Vous ne demandez pas au public de faire des sacrifices. Si vous avouez que le Pic arrive bel et bien, que nous devons faire des ajustements, les ajustements seront coûteux et le public supportera les coûts, ce qui signifie toute chose étant égale, un déclin du niveau de vie. Ce n’est pas une façon d’être réélu avec succès….

J’étais récemment à une conférence au Nouveau Mexique, assis à côté d’un PDG d’une grande compagnie pétrolière. En réponse à une question de l’audience, il affirma : « Bien sûr que je crois au Pic du pétrole. Il s’agit seulement de savoir quand il arrivera ». Une fois qu’un PDG est à la retraire, il est plus libre … de dire « Je crois au Pic du pétrole ». Et ce que vous entendez en privé de presque tout le monde – est que nous y arrivons.

...Il n’y aura aucun changement dans [la politique énergétique US] tant que vous n’avez pas le soutien de la population, et la population doit être effrayée par une crise sérieuse pour qu’elle soit persuadée qu’en effet le loup est à la porte.... Nous allons faire face à de grandes difficultés dans le futur proche.

3. Sadad al-Husseini,

Sadad al-Husseini, ancient dirigeant exploration et production de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco affirma à la conférence Oil and Money à Londres qu’un quart des réserves prouvées mondiales ont été gonflées par l’ajout de ressources spéculatives, et non de pétrole prêt à être produit. Une bonne part de ces réserves sont en réalité des ressources ; elles ne sont pas accessibles, elles ne sont pas disponibles pour la production. Selon al-Husseini, ceci expliquerait l’impossibilité pour l’industrie d’augmenter la production malgré des prix en hausse. Les raisons ne sont pas qu’économiques. Les prix peuvent augmenter mais cela ne va pas nécessairement augmenter la production. Il souligna que 75% de la production iranienne vient de gisements matures vides à plus de 50% : « Quand vous entendez des officiels dire que la production va augmenter jusqu’à 5 millions de barils par jour, ce n’est pas faisable ». Il nota également que les 38 gisements géants du Golfe Persique contenant plus d’un milliard de barils chacun sont en moyenne vides à 41% : « Ce sont les gisements qui, selon de nombreuses prévisions, sont sensés doubler la production du Golfe – à nouveau, très douteux ». Selon al-Husseini, le Pic du pétrole est atteint et le plateau devrait se maintenir pendant 15 ans avant le déclin. Le plancher technique pour le prix du pétrole devrait continuer de grimper d’environ 12$ par an : «les prix ne peuvent qu’augmenter ».

4. Les Brèves

Au Mexique, le président mexicain Calderón affirma que “Nos réserves de pétrole ont régulièrement diminué”, et le déclin “menace sérieusement” les finances du gouvernement. La production de brut a décliné de 8% depuis 2004. Selon Pemex, la production au troisième trimestre est en baisse de 5,9% par rapport à l’an dernier. La production de Cantarell a baissé de 8,2% en 9 mois, de janvier à septembre.

La production russe de pétrole augmentera cette année de 2,6%, à 3,6 milliards de barils, selon le Ministre Russe de l’Energie et de l’Industrie.

En septembre, l’augmentation de la demande en pétrole de la Chine fut la plus faible enregistrée au cours des 20 mois précédents, avec une hausse de seulement 0,3% par rapport à l’an passé. Des stations-service du sud de la Chine ont commencé à rationner le diesel, les prix élevés sur les marchés internationaux couplés à des prix à la pompe contrôlés incitant les raffineries à limiter leur production.

La politique US d’utiliser l’éthanol de maïs pour augmenter l’indépendance énergétique ne fera pas grand-chose si ce n’est propulser les prix de l’alimentation vers le ciel, selon un nouveau rapport de CIBC World Markets.

Les craintes augmentent que le Qatar, le plus gros exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL), ne sera pas capable d’augmenter ses exportations au delà de 2011. Le gouvernement plaça un moratoire sur une expansion future de GNL en 2005, lorsqu’il devint clair que le champ gazier géant North Field n’était pas aussi bon d’un point de vue géologique que ce qui avait été supposé jusqu’à présent.